Le profil aromatique de Climens par Alexandre Schmitt, Wine and Flavors

Le Château Climens s'exprime principalement par sa fraîcheur, par une expression aromatique complexe, par la précision de l'équilibre entre le sucré, l'acide et l'amer, et enfin, par un toucher de bouche singulier. Un vin d'une grande fraîcheur et d'un toucher en bouche dont aucune propriété alentour ne peut se targuer.

La fraîcheur découle de la tension de l’acidité. Les tendances fruitées qui caractérisent le vin sont en lien direct avec le positionnement de cette acidité. D'infimes nuances dans l'équilibre que l'acidité compose avec les sensations sucrées et amères engendrent des variations fruitées d'un millésime à l'autre. Ainsi, les fruits les plus remarqués au cours des différentes dégustations sont les agrumes, la prune (mirabelle, reine-claude et prune d'Ente), l'abricot et la pomme.

Plus l'acidité du millésime est vibrante, nerveuse, tendue, plus le fruit s'oriente vers l'abricot cuit et la reine-claude cuite. Plus le millésime est riche, puissant, plus les aspects fruités du vin conduisent à des notes de pommes cuites, légèrement beurrées, ou même de mirabelle ou de pruneau frais (millésime 2005). A contrario, si le millésime est frais, il engendre davantage des notes de coing frais, de poire, de pêche blanche ou même de rhubarbe.

Si la complexité aromatique révèle des fruits jaunes et blancs dans le bouquet des vins du Château Climens, cela ne doit pas en faire oublier la présence de notes d'agrumes. Et tout particulièrement les notes d'oranges amères, sous toutes ces formes. Les notes citron jaune, recentrent davantage l'attention du dégustateur sur la tension acide du vin. Notons également que le Château Climens développe de temps à autre des notes bergamote, kumquat, cédrat, et même de feuilles fraîches de verveine.

Les millésimes dégustés ont révélés différents types de fraîcheur, tour à tour résineux, séveux, vert, agreste, parfois il s'est agi d'une fraîcheur minérale, poudrée, d'autre fois, d'une fraîcheur marine, davantage aérienne. Bien que protéiforme, cette fraîcheur du vin au premier nez a néanmoins montré de façon plus fréquente des notes d'encaustique, de sève s'échappant d'arbres fraîchement abattus, de résine de pin aux accents plus pétrolés. Pour d'autres millésimes, il s'agit davantage d'une fraîcheur florale, sans doute l'élément dominant dans cette variété de fraîcheurs. On se sent caressé par les effluves fragiles de pétales inondés par la rosée des premières heures du jour. La dégustation devient plus intime, plus charnelle, elle s'ouvre sur un velours de pêche blanche, une chiffonnade de roses variées, des sensations d'aubépine et même de pivoine ou de violette nous rattrapent, et dans des millésimes plus soutenus, ces arômes se transforment en chair de Litchi, juteuse et rafraîchissante. Le plus souvent, il ne s'agit cependant pas d'un voile floral, ni d'une fraîcheur florale feutrée, mais au contraire, d'une note florale majeure, essentielle, dans l'expression du vin, comme si fruits et fleurs jouaient de leur correspondance. L’on note le caractère singulier des notes denses et profondes de pivoine, de vieille rose, de pétales légèrement altérés dans leur éclat, semblant perdre leur fraîcheur comme si la plante commençait à manquer d'eau, mais tout en gardant sa rectitude, son élégance naturelle, ses effluves racés, puissants.

La complexité florale qui émane du bouquet aromatique des vins du Château Climens joue un rôle important dans la douceur enrobée, si singulière qui enchante le palais du dégustateur. Un toucher de bouche remarquable, nullement identifié dans les vins produits par les domaines voisins. Lors des différentes dégustations, plusieurs sensations tactiles ont ainsi été évoquées. Des expressions telles que "texture poudrée" et "chair grenue de poire" ont été mentionnées. Les mots "salin", "crayeux", "caillou", "calcaire", "craie", "poudré", "toucher minéral", "sucre cristallisé" ont été enregistrés. L'expression minérale d'un vin lui apporte précision et finesse. A n'en pas douter, cette facette "minérale" des vins du Château Climens, participe à ce toucher en bouche exceptionnel. Mais elle n'en est pas le seul ressort. L'équilibre naturel entre la sucrosité et l'acidité, à la fois douce et tranchante, confère au vin la sensation d'une texture soyeuse, d'une étoffe de velours épais, une onctuosité exaltante, sans aspérités, égale, unie. Une suavité élégante, noble, dont il faut aller chercher l'origine dans un mono-cépage, le Sémillon. En effet, le Sauvignon conduit à une grande fraîcheur verticale dont l'expression aromatique la plus fréquente est liée au pamplemousse, un agrume aux accents amers, à l'acidité mordante, dont les zestes engendrent une saveur quelque peu astringente. L'absence de cette donnée dans la complexité du vin, jointe à l'originalité d'un sol de sables rouges riches en oxyde de fer, semblent être les fondements de cette texture remarquable du vin.

D'autres éléments aromatiques comme le lilas, fleur aux tonalités douces et amandées, ou l'iris, davantage poudré, peuvent intervenir, de même pour les notes capiteuses de fleurs blanches relevées dans des millésimes plus généreux, plus amples, telles que le jasmin, le genêt, la fleur de tilleul, d'oranger ou d'acacia. Certains millésimes déploient des notes riches et onctueuses de pâte de fruit, de pâte de coing, de pruneau frais, de confiture de figue, de chair de figue mûre, d'abricots confits, de miel plus ou moins frais, délicat ou soutenu, de cire d'abeille ou même de tabac blond, qui sont le signe d'une densité accrue du caractère liquoreux du vin sans pour autant en perdre l'éclat ou la vivacité. Ces éléments de la sucrosité sont à associer à la texture charnue et lisse des vins du Château Climens. On l'aura compris, un arôme n'est pas seulement un arôme. Il évoque, ou plus encore, il participe à la construction d'images tant gustatives que tactiles.

Le safran, de même que l'arôme zan ou réglisse, sont quant à eux, davantage la marque d'une évolution qualitative du vin en bouteille (millésimes de 10 à 15 ans). De la même façon, les arômes de foin, de feuilles froissées ou de levure de pain, de grenier à blé relevés dans des millésimes d’une trentaine d’année, participent d'un vieillissement de qualité.

Alexandre Schmitt, parfumeur pendant 15 ans, a rejoint le monde du vin en 2007. Il s’emploie à structurer et développer les connaissances aromatiques des professionnels, qu’il forme et conseille dans de nombreux pays.